04 mars 2017

Aller chez le Diable


À cause du réchauffement climatique, la région de Mont-Laurier deviendra-t-elle un jour le terrain de jeu hivernal des Montréalais ?

Chose certaine, si c’est le cas, préparez-vous à faire de la route. Parce que c’est loin en diable, la région de Mont-Laurier.

C’est particulièrement vrai pour le parc régional Montagne du Diable, qui se trouve dans l’arrière-pays de Ferme-Neuve et à environ trois heures de route de Montréal.

Je suis allé passer deux jours à cet endroit en fin de semaine pour une bonne raison : c’est le seul coin des Laurentides où il était tombé une quantité significative de neige après la pluie de cette semaine.

On trouve au parc une quarantaine de kilomètres de pistes de ski de fond entretenues mécaniquement qui sont tracées au pied de la montagne et que je n’ai fait qu’entrevoir en fin de semaine.

 J’étais plutôt là pour faire du ski nordique dans la poudreuse et grimper dans la montagne qui culmine à 783 mètres et offre environ 550 mètres de dénivelé.  

Il y a dans le parc 55 kilomètres de sentiers de ski nordique où beaucoup de skieurs font des randonnées de deux jours en profitant des six refuges disséminés sur la montagne.

Moi je me suis plutôt contenté de grimper deux fois dans la montagne en partant du pavillon d’accueil du parc. Ce qui m’a permis de découvrir un réseau où on fait du vrai ski de montagne… version québécoise.

Le premier jour, je suis parti avec l’intention d’atteindre le sommet du Diable, le point culminant de la montagne. Sur mes gros skis et dans mes grosses bottes en plastique, je me suis lancé sur le sentier B… pour découvrir que ça montait en diable.

Parti un peu tard à cause de mes trois heures de route, et ralenti par mon équipement lourd, j’ai fini par stopper mon ascension au refuge Des Ruisseaux où j’ai jasé avec deux skieurs du Viking Ski Club qui se préparait à passer la nuit dans cette jolie cabane et un quatuor de raquetteurs qui y faisait halte avant de poursuivre leur route vers un autre refuge.

Après ça, je suis redescendu vers le pavillon d’accueil par la piste C… en me disant tout long que j’aurais plutôt dû descendre par la piste B. La C est moins pentue et sur mes gros skis, ç’a donné une descente bien peu excitante.

Le lendemain matin, je me suis levé avec la ferme intention de profiter de ce que j’avais appris la veille pour faire une meilleure randonnée… même s’il faisait -26 à Mont-Laurier au lever du jour.   

Le mercure avait «grimpé» à -20 quand je me suis lancé en piste vers 11h avec un nouvel objectif: la paroi de l’aube et le sommet du Garde-feu, qui se trouvent à un peu plus de sept kilomètres de l’accueil.

Cette fois, pour économiser mes jambes, j’ai commencé ma montée sur le sentier C pour profiter de sa pente plus graduelle. Puis j’ai poursuivi mon ascension sur la piste A en me sentant de plus en plus «en montagne».

Les conifères bien enneigés, des plaques de neige durcie par le vent, le froid sous un ciel sans nuage, la solitude puisque je n’ai pas vu âme qui vive pendant toute ma montée… C’était assez magique comme ambiance.

Il m’a fallu un peu plus de deux heures pour atteindre le sommet du Garde-Feu, où on est à 756 mètres d’altitude. J’ai ensuite décidé d’aller me réchauffer au «Halte-titude 727», un relais-resto-bar perché tout en haut de la montagne et surtout fréquenté par les motoneigistes.

J’ai bien fait parce que c’est un endroit unique.

 La vue depuis le promontoire où est installé le relais est extraordinaire et c’est vraiment particulier de soudain retrouver la «civilisation» après un deux heures de randonnée solitaire. Surtout quand la «civilisation» est composée de plusieurs dizaines de motoneiges et de VTT garés à proximité d’une mini brasserie égarée dans la forêt. 
J’ai donc pu prendre un café et changer de chandail bien au chaud avant d’amorcer ma descente.

J’ai commencé par faire environ deux kilomètres dans la poudreuse presque vierge sur le sentier A1, où seulement deux skieurs m’avaient précédé. En enchaînant quelques courtes descentes pas mal le fun. Voilà de quoi ça avait l’air…

Plus bas, après un bout plus tranquille sur le sentier A, j’ai diablement eu du plaisir en redescendant vers le pavillon d’accueil par la piste B. À plusieurs endroits, la pente était bonne et j’ai pu faire mes plus beaux virages télémark en carrière dans la poudreuse de chaque côté de la trace laissée par les autres skieurs.

À force de lire sur le sujet, je pense avoir trouvé le meilleur tuyau qu’on puisse donner au sujet du virage télémark: quand on s’accroupit en position télémark, le ski extérieur devant le ski intérieur, il faut se concentrer sur son genou arrière et le pointer dans la direction où on vire, un peu comme si on essayait de tirer le reste de notre corps avec ce genou.   

C’est exactement ça qui se passe, d’ailleurs. Le reste du corps suit et on tourne comme par miracle.

Il fallait que j’aille à la montagne du Diable pour vivre un tel état de grâce !

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