20 mars 2019

Les Sommets de Tremblant


Plus ça va et plus j’aime le mont Tremblant.

J’aime ses pistes de ski de descente, les jours de semaine, quand elles ne sont pas trop fréquentées ; et j’aime aussi pour ses sentiers d’arrière-pays où on peut échapper à la foule en partant à l’aventure dans la montagne.

Entre deux remontées mécaniques, j’ai fait aujourd’hui une agréable excursion sur l’une de ces pistes d’arrière-pays : le sentier Les Sommets.

Comme son nom l’indique, ce sentier relie les quatre plus hauts sommets du massif de Tremblant : les pics White, Edge, Pagman et Johannsen.

Bien sûr, la façon «virile» de skier cette piste est de commencer par monter par soi-même la montagne… ce que je vais bien finir par faire un de ces jours.

Aujourd’hui, par contre, j’ai triché en débutant ma randonnée à 875 mètres d’altitude au sommet du pic White, le sommet principal de Tremblant.

À partir de là, pour trouver l’entrée du sentier Les Sommets, il faut descendre un bout sur la piste de ski alpin La Crête puis prendre à droite sur une bretelle sans nom qui mène à la piste Bon Vivant. L’entrée de la piste se trouve dans cette bretelle et est signalée par une modeste pancarte.

Dès qu’on entre dans le bois, on bascule dans un autre monde, plus tranquille et forestier. Étroite et traversant une épaisse forêt, la piste monte graduellement vers le pic Edge qui se trouve environ un kilomètre au nord. 

Quand on émerge au pic Edge, à 840 mètres d’altitude, on retrouve brièvement la civilisation… sous la forme d’un monte-pente et d’une cabane abritant un préposé.

Le sentier Les Sommets reprend juste à côté de cette cabane. En reprenant le bois, on a d'abord droit à une bonne petite descente sinueuse. Ensuite, on se met à grimper sur une crête en direction du pic Pangman qui se trouve à 2,3 km.  

Même s’il avait été bien battu par des raquetteurs, j’ai trouvé ce tronçon-là très agréable à skier sur mes gros skis Kom à écailles. Le sentier est étroit et sinueux, mais il ne présente pas de difficultés majeures ; et on traverse un décor montagnard, visiblement battu par le vent, riches en lames de neige et en gros arbres morts.

Le pic Pagman s’élève à 903 mètres d’altitude. On y trouve une pancarte qui nous renseigne sur Harry Pagman, le skieur qui a donné son nom à ce sommet, ainsi qu’une très belle vue en direction est.  

Comme j’étais seul et qu’il se faisait tard, j’ai décidé de ne pas pousser jusqu’au pic Johannsen cette fois-ci. Le plus haut sommet des Laurentides se trouve un petit kilomètre plus au nord et atteint 930 mètres.
J’ai adoré mon trajet de retour. À partir du pic Pagman, on a à peu près 60 mètres de dénivelé à descendre. 

C’est peu, mais j’en ai tiré le maximum en sortant du sentier battu et en louvoyant dans la neige vierge le plus possible.

Quand j’ai rallié le pic Edge, il était 15h30 et la civilisation avait disparue… dans le sens où le monte-pente avait cessé de tourner depuis une heure et que j’étais totalement seul dans le secteur.  

J’en ai profité pour faire ma première descente à vie sur le versant Edge… où je suis instantanément tombé en amour avec les sous-bois «Réaction» et «Extension».

L'Extension est un sous-bois comme moi je les aime : très aéré, vaste et peu pentu. J’ai eu un fun noir à le dévaler sur de la neige battue par de nombreux skieurs. J’ai déjà hâte de remettre ça après une bordée ! 

18 mars 2019

La mélodie du bonheur en version rock...

Avant de dénicher l’auberge du Vermont où on a passé la semaine de relâche, j’ai commencé par l’inventer dans ma tête.

Je voulais une ambiance «chalet de ski». Je voulais que ça soit coquet mais pas kétaine. Je voulais un lounge chaleureux où on peut s’isoler et/ou rencontrer du monde. Je voulais un endroit où faire aller mon shaker à cocktail. Je voulais une table de billard pour jouer avec fiston et je voulais que la place charme ma blonde qui n’aime ni le clinquant ni la négligence crasse.

Bref, j’étais dans le trouble… jusqu’à ce je tombe sur la Grunberg Haus, une auberge située en plein cœur des montagnes Vertes, au Vermont.

L’endroit est facile à décrire : c’est un bon vieux chalet à l’autrichienne avec des nouveaux propriétaires qui lui ont injecté une dose massive de «hip», de «rock» et de «punk».

En plus de nous offrir tout ce qu’on cherchait et d'aller parfaitement avec ma collection de chandails de laine, la Grunberg Haus nous réservait quelques bonnes surprises. Deux guitares, un chien d’auberge à la fois chaleureux et silencieux, d’excellents déjeuners et même du ski à la porte.

En effet, la montagne située derrière l’auberge est sillonnée de sentiers qui ont déjà fait partie d’un centre de ski de fond aujourd’hui disparu. Ce centre était situé juste à côté de l’auberge et son réseau s’étendait sur une vingtaine de kilomètres.  

J’ai passé un bon trois heures à explorer ces sentiers qui sont toujours très praticables et que les clients de l’auberge ont maintenant pour eux seuls. Bien sûr, ils ne sont pas entretenus, mais c’est un mal pour bien. C’est comme si l’auberge avait sa «réserve de neige fraîche» dans sa cour arrière… 

09 mars 2019

Objectif 6X

Tous les hivers, je me prends d’affection pour un coin des Laurentides et j’y fais plusieurs randonnées ; et cette année, ce sont les sentiers nordiques de Saint-Hippolyte que je visite à répétition.

Il y a une bonne raison à cela : ces sentiers-là sont plutôt mystérieux. Personne n’en fait la promotion et, à ma connaissance, il n’existe pas de carte où ils sont tous représentés. 

Dernièrement, par contre, beaucoup d’entre eux ont fait leur apparition sur OpenStreetMap, et c’est ce qui m’a donné envie de retourner dans ce coin-là aujourd’hui.

J’avais un plan : skier du nord au sud la piste 6X afin de dévaler une longue descente corsée dont m’avait parlé un habitué des lieux plus tôt cet hiver.

Pour la troisième fois cette saison, je suis parti du stationnement du parc des falaises, sur le chemin du lac Morency ; mais cette fois-ci j’ai pris la piste Ogilvy pour aller prendre la 6X par son extrémité nord.  

La Ogilvy est un jolie piste qui saute par-dessus une colline avant de passer au pied d’une impressionnante falaise où elle tourne vers l’est pour ensuite aboutir à une intersection où elle rejoint une autre piste, la Garrette.

Rendu là, une légère descente en direction nord sur la Garrette m’a mené à mon premier objectif de la journée : l’extrémité nord de la 6X.

À partir de là, la 6X passe par le sommet d’une colline avant de recroiser la Garette en descendant vers le sud.

C’est peu après ce croisement que j’ai atteint mon deuxième objectif de la journée : la fameuse descente corsée dont on m’avait parlé.

Voilà une pente abrupte que j’aimerais beaucoup dévaler dans une bonne couche de neige vierge un de ces jours.

Aujourd’hui, elle était plutôt «damée durcie» et j’ai fait là-dedans une descente un peu trop rapide à mon goût. Mais bon, je suis arrivé en bas sans faire de chute.

Après cette descente des ligues majeures, la 6X aboutit à la MOC que j’ai prise vers le sud. 

Ça m’a permis de revenir à mon point de départ en faisant une longue boucle qui m’a fait passer par trois pistes de ski du parc des falaises : la 8, la Pékan et la SE.  

Bilan de cette aventure : voilà un réseau de sentiers qui mériteraient d’être plus connu et mieux mis en valeur. 

J’ai déjà hâte d’y retourner pour explorer d’autres pistes que je n’ai fait que croiser aujourd’hui, comme La Garrette et La Passe. Mais ça ira sans doute à l’hiver prochain ! 


07 mars 2019

La Catamount Trail à Bolton Valley


Bolton Valley au Vermont, c’est avant tout une station de ski alpin. Mais cette station possède aussi un «versant nordique» que j’ai très partiellement découvert aujourd’hui.

«Très partiellement» parce que le réseau de sentiers du Bolton Valley Backcountry and Nordic Sport Center est colossal. On parle d’une quinzaine de kilomètres de postes entretenues et, surtout, d’une centaine de kilomètres de vrais sentiers d’arrière-pays tracés en montagne.

C’est dans ces sentiers d’arrière-pays que j’ai fait randonnée, en commençant par réaliser un vieux projet : skier sur la Catamount Trail, une piste de ski qui traverse tout le Vermont du nord au sud en passant par Bolton Valley.

À partir de la station, qui se trouve à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, j’ai suivi la Catamount Trail jusqu’à son point élevé dans tous le Vermont, un col se trouvant à un peu plus de 1000 mètres d’altitude.


Cette ascension de 300 mètres s’est plutôt bien passée. 

Au départ, on monte très graduellement par une large piste qui mène au refuge Bryant, une charmante cabane qu’on peut louer pour dormir en forêt.

Ensuite, après un bout presque plat, on se met à grimper sérieusement, dans un sentier décrivant plusieurs lacets dans une pente très inclinée, et on finit par pénétrer dans une forêt de conifères d’une densité incroyable.

C’est dans cette forêt que j’ai croisé ce panneau d’avertissement. Si on poursuit plus loin sur la Catamount Trail, on se met à perdre de l’altitude et on finit par aboutir au Trapp Family Lodge dans la vallée voisine.

C’est une randonnée classique de la région que j’aimerais bien faire un jour… mais sûrement pas en solo !

Au lieu de revenir sur mes pas pour rentrer vers mon départ, j’ai fait une boucle en redescendant la montagne par les sentiers Raven’s Wind et George’s Gorge. 

La Raven’s Wind a été une épreuve… de ski accroupi ! Sans doute parce qu’il y a beaucoup de neige au sol, je devais continuellement me pencher pour éviter les branches des conifères.

J’ai eu plus de plaisir sur la George’s Gorge, qui commence par un sous-bois où on peut s’écarter du sentier et se termine par une longue descente sinueuse où j’étais bien content d’avoir de skis courts et larges que je peux piloter comme des skis alpins. 

Après ça, j’avais envie de dévaler un autre sous-bois. Alors avant de rentrer, j’ai fait un crochet pour aller descendre le sous-bois Prayer’s Flag, qui me semblait long et pas trop incliné sur la carte des sentiers.

J’ai bien fait parce que j’ai fait là ma meilleure descente de la journée dans un sous-bois parfait pour mon niveau d’habileté.

Les nombreux sous-bois qu’on trouve sur ce réseau de sentiers constituent d’ailleurs le principal attrait des lieux. Il faut toutefois être bien équipé pour en profiter parce que la plupart sont assez inclinés merci.

Bref, on a affaire à du terrain qui convient mieux à du gros équipement de télémark ou de ski hors-piste, et où on accumule les montées et les descentes plutôt que les kilomètres. 

05 mars 2019

À l'ombre du chameau



Dans notre famille, semaine de relâche rime avec voyage de ski aux États-Unis.

Il y a une bonne raison à cela : comme ce n’est pas congé scolaire de leur côté de la frontière, on skie plus tranquille chez nos voisins du sud.

De la tranquillité, c’est ce qu’on a trouvé aujourd’hui au Camel’s Hump Ski Area, un réseau de sentiers de ski perdu dans la campagne vermontoise, à l’ouest de la montagne qui lui donne son nom.

Autrefois, cet endroit était un vaste centre de ski de fond qu’une famille faisait marcher depuis le sous-sol de sa maison. 

Aujourd’hui, le domaine skiable est toujours aussi vaste… mais on trouve à l’entrée une petite cabane d’accueil qui ne contient qu’un radiateur et une boîte où on nous à faire une contribution volontaire de 10$ US en guise de droit d’entrée.

Au total, le réseau de sentiers s’étend sur 65 km, et là-dessus on compte environ 20 kilomètres de pistes entretenues.

Pour le visiteur québécois, l’endroit est dépaysant à souhait. Au Québec, on a rarement l’occasion de skier sur des pistes qui passent à proximité d’habitations et de bâtiments de ferme.
 
En famille, on n’a fait qu’une courte promenade à proximité de la cabane d’accueil ; mais ça nous a quand même permis de constater que l’endroit possède l’essentiel : des sentiers bien dessinés et du terrain montagneux.

Comme c’est presque toujours le cas aux États-Unis, les sentiers entretenues sont larges et tracés à deux voies. 

Ils étaient particulièrement agréables aujourd’hui puisqu’on avait la bonne idée de les laisser «au naturel» après une petite chute neige. On skiait donc dans deux ou trois centimètres de poudreuse sur un impeccable fond durci.


Va falloir que j’y retourne un de ces jours pour essayer les pistes de ski nordique qui ont l’air extraordinaire. La Catamount Trail, une piste de ski qui traverse tout le Vermont du nord au sud, passe d’ailleurs par ce centre.

Ce sera pour une prochaine relâche !

03 mars 2019

Un mont Sauvage... et soviétique

J’ai fait aujourd’hui ma première visite à vie au mont Sauvage

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette station ne ressemble à aucune autre.

C’est simple : on a l’impression de débarquer dans un pays du Bloc de l’Est quand on arrive sur les lieux. À cause du bon vieux tire-fesse qui convoie les skieurs vers le sommet de la montagne, à cause du faible achalandage, et à cause des austères condos qu’on a bâti au pied des pentes.


Une unité de condo inachevée a d’ailleurs été convertie en salle de repos où on peut casser la croûte. Difficile de trouver mieux pour créer une atmosphère de «paralysie socialiste»! 

Je blague, mais j’ai quand même bien aimé ma journée de ski. Quand je fais du ski de descente, je préfère dévaler des pistes étroites plutôt que de grands boulevards. J’ai été servi au mont Sauvage où on skie presque toujours dans d’étroits couloirs sinueux. 

Des pentes raides, des pistes non-travaillées, des sous-bois inclinés, des rochers à sauter… cette petite station est surtout un beau terrain de jeu pour skieurs experts… mais je bien amusé dans les pistes les moins difficiles comme la Huron, La Comanche, la Cheyenne, l’Iroquois et la Mohican. 

Eh oui, au mont Sauvage, toutes les pistes portent des noms de tribus amérindiennes. Mais s’il n’en tenait qu’à moi, elles auraient plutôt des noms tirés du folklore communiste.

La Marxiste-Léniniste, la KGB, la Tchécoslovaque, la Soviet…  

02 mars 2019

Sur les traces de Mustafa...


Qui était donc le mystérieux Mustafa qui a donné son nom à une piste de ski et à une montagne dans l’arrière-pays de Val-Morin ?

Bon, d’accord, il n’y a sans doute jamais eu de Mustasfa. Mais moi j’aime imaginer qu’il y a eu un Mustafa, que c’était un jeune Turc qui rêvait de voir de la neige et qu’un paquebot l’a amené au Canada dans les années 30.

C’est tout ce que je savais sur «mon» Mustafa quand je suis parti explorer sa piste de ski et sa montagne tôt ce matin. Mais ma randonnée m’a permis d’en découvrir plus long sur le personnage...

Partant de l’accueil Far Hills du parc régional Val-David-Val-Morin, la Mustafa est d’abord une piste entretenue qui passe près de l’auberge Far Hills.

À l’abandon depuis longtemps, l’auberge est dans un triste état… mais c’est clairement pour y travailler comme garçon d’étage que Mustafa a pris le train pour le nord, quelques jours après son débarquement à Montréal.

Plus loin, à l'ombre d'un énorme rocher, la Mustafa devient une piste de ski nordique qui traverse une colline surplombant le lac Bélair avant de nous mener au pied du mont Mustafa et près d'une vieille carte des sentiers de ski de l’auberge Far Hills.

J’avais deux objectifs en arrivant à cette montagne : monter au sommet et en faire le tour en suivant la Mustafa qui l’encercle tel un lasso. 

J’ai commencé par cette boucle qui m’a un peu laissé sur ma faim. Personne n’était passé avant moi au nord de la montagne et c’était agréable de skier dans la neige vierge.

Par contre, de ce côté, le trajet du sentier est un brin chaotique, notamment parce qu’il nous fait descendre le long du chemin du lac Lasalle.

Mais le vrai problème, c’est que j’ai choisi de faire la boucle dans le sens horaire. Je pense qu’on profite mieux du relief en tournant dans l’autre sens. 

J’ai réalisé ça en tombant sur cette vieille pancarte au sommet d’une montée.

Mon verdict d’expert : il s’agit d’un portrait de Mustafa qui, en vieillissant dans les Laurentides, est devenu un fameux skieur avec un penchant pour les descentes. 

C’est à ça que je pensais quand j’ai pris le sentier qui grimpe au sommet du mont Mustafa.  

Cette courte virée montagnarde a été le meilleur moment de la journée. L’ascension est courte et facile, mais on n’est quand même récompensé par une méchante belle vue en arrivant au sommet.

D'après mes observations, cette corniche qui surplombe un précipice est l’endroit où Mustasfa est entré dans la légende.

À ce moment-là, le jeune garçon d’étage était devenu un exotique moniteur de ski. Et un soir de tempête, quelques maris en vacances à l’auberge ont découvert que les leçons qu’ils donnaient à leurs épouses ne se passaient pas seulement sur la neige.

Des coups des poing ont été lancé, des fusils ont été brandi et Mustafa a pris la fuite en ski… Mais les maris armés ont fini par le coincer au sommet de la montagne qui porte maintenant son nom.

Alors Mustafa s’en est remis à ses skis et s’est élancé au bout de la corniche. La chute aurait dû être mortel, mais on n’a pas retrouvé son corps au pied du précipice. Blessé, à moitié assommé, Mustafa est mort plus tard cette nuit-là, perdu dans la tempête qui recouvrait les sillons de ses skis. Et ensuite les loups…  

Du moins c’est l’histoire qu’on raconte pour expliquer qu’on ne l’ait jamais revu mort ou vif…