L'homme qui plantait des pistes
C’est un personnage de fiction inspiré. Inspirant. Une figure exemplaire: l’homme qui agit seul en suivant son idée.
Mon homme qui plantait des pistes est moins idéal vu qu’il existe pour vrai. Mais il me fait penser à Élzéar Bouffié. Parce que lui aussi agit seul en suivant son idée.
J’ai découvert le personnage l’été où il m’a demandé de lui donner un coup de main. Dans une colline des Laurentides, il travaillait fort pour dégager des couloirs propices à son sport préféré: la descente en ski nordique.
Avec d’autres cette journée-là, je l’ai aidé à couper la broussaille et à écarter les obstacles dans les pistes de descente qu’il avait imaginées.
Pas chez chez lui. Plutôt chez nous. Dans ce qu’on appelle la «forêt publique». Par amour du ski. Du bois. Du travail.
Depuis, bien d’autres skieurs que lui ont dévalé ces pistes qu’il a signées en transformant des vieilles lames de débroussailleuse en balises peintes en jaune.
En gros c’est ça l’idée qu’il suit. Planter des pistes là où il pense qu'il devrait y en avoir.
«J’ai hâte de te montrer mon nouveau projet.»
Voilà ce qu’il m’a dit l’été d’après. En parlant d’un flanc de montagne où il avait entrepris de baliser des couloirs de descente dans presque 200 mètres de dénivelé.
Cette fois c'est en ski que j’ai découvert son oeuvre, un samedi de février.
C’est un sanctuaire discret. Beaucoup de motonegistes fréquentent ce coin-là. Et ça ne prend qu’une seule motoneige pour creuser d’ornières tout un flanc de montagne.
Voilà pourquoi on a pris le bois par un sentier caché. Fait un détour. Brouillé nos pistes.
En montant dans la colline, c’était difficile de bien voir son travail. On longeait un couloir de descente sans bien le distinguer. On apercevait de loin en loin des bouts de ruban orange balisant son tracé.
Puis on a atteint le sommet et tout est devenu plus clair. La piste plantée là par notre guide s’étalait devant nous. À pic au début. Plus douce par la suite.
Que de la poudreuse vierge, plusieurs jours après la dernière bordée. Bien plus qu’on en avait besoin pour skier toute la journée.
On s’est laissé aller là-dedans On a survécu au bout plus pentu. Puis on a louvoyé jusqu’en bas en laissant chacun sa trace.
L’homme qui plantait des pistes piaffait d’enthousiasme. Déjà prêt à remonter. Excité d’avoir d’autres descentes à nous montrer.
«Au bout là-bas, la 4 pis la 5 sont encore meilleures.»
On a fait deux autres descentes ce jour-là. Mais on ne s’est pas rendu à la 4 et à la 5.
La prochaine fois, on va commencer par celles-là.




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